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Les stages en psychologie clinique

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Les stages en psychologie clinique

Message par Melisande le Mar 29 Juil - 9:55

Voici un article intéressant qui résume le parcours du stagiaire psychologue :
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De la théorie à la pratique, des enseignants-chercheurs aux psychologues référents, des cas cliniques universitaires aux patients en chair et en os, les stages en psychologie confrontent l’étudiant à la réalité de leur futur métier. En combien d’heures de stage les étudiants sont-ils censés se former ? A quelles difficultés peuvent-ils se heurter ? Les stages suffisent-ils à faire d’eux de bons psychologues ?

La grande majorité des étudiants en conviendront : la première étape du stage en psychologie est la recherche du stage lui-même (1). Car si le marché de l’emploi des psychologues est particulièrement saturé, le marché du stage l’est également. Une initiation on ne peut plus concrète à la recherche ultérieure du précieux sésame : l’emploi. Ce n’est qu’au terme de nombreuses sollicitations de structures, de réseautages, voire de pistons, que l’étudiant en psychologie décroche un stage. Le stage. Et pas question de le choisir par défaut. Car celui-ci doit être en adéquation avec le projet professionnel, la spécialité choisie, et la législation en la matière. Une conciliation universitaire et professionnelle qui n’est donc pas des plus aisées. « La plus grande difficulté du stagiaire est certainement de trouver un stage. Et encore, une fois le stage trouvé, rien n’est gagné ! Car l’étudiant peut être encadré par son référent, ou bien lâché dans la nature comme cela arrive dans certaines structures ! » témoigne Anne-Charlotte Olczyk, présidente de l’ADEpsy (Association des étudiants de psychologie) à l’université Paris-Descartes.

Qu’est-ce qu’un bon stage aux yeux de la loi ?

500. C’est le nombre total d’heures de stage que l’étudiant en psychologie doit effectuer pour prétendre au précieux titre de psychologue. Généralement, ces heures se répartissent sur les deux dernières années du cursus : 200 en Master 1 et 300 en Master 2. Selon l’arrêté du 19 mai 2006, suite du décret du 22 mars 1990, tout stage professionnel en psychologie doit remplir quatre critères principaux pour être reconnu comme tel.
Premier critère : l’étudiant doit suivre un(e) psychologue. En soi, cela paraît logique. Mais en réalité cette condition peut complexifier la recherche d’un stage. Car sont mis de côté tous les psychiatres, psychanalystes, éducateurs et autres thérapeutes au suffixe –logue (sexologue, graphologue…) traitant de psychologie.
Second critère : la pratique du psychologue encadrant le stagiaire doit être supérieure à trois ans.
Troisième condition : le stage doit être placé sous la responsabilité conjointe du psychologue et d’un maître de stage, enseignant-chercheur de la formation. Un binôme porteur du lien précieux entre la formation pratique et théorique de l’étudiant.
Quatrième et dernier critère : l’apprenti psychologue devra, au terme de ce stage, rédiger un rapport sur son expérience professionnelle et le soutenir oralement devant ses responsables.
Les critères dûment remplis et le stage décroché, les trois partis, étudiant, structure accueillante et lieu de formation, signent la convention de stage. Cette étape est principalement administrative et vise à assurer le stagiaire. Tel un contrat, celle-ci lie alors nos trois protagonistes dans une aventure singulière bien loin de l’univers théorique des bibliothèques et amphithéâtres universitaires…

Une confrontation au terrain

Le stage a la lourde responsabilité de confronter l’apprenti psychologue au terrain. « Le stagiaire psychologue est pris dans une double contrainte : obtenir un diplôme et se former à un métier. L’enjeu du stage  est donc d’arriver à acquérir un savoir ‘sur’ la clinique et aussi un savoir ‘de’ la clinique » précise Olivier Halimi, psychologue en Centre Médico-Psychologique pour enfants et adolescents, et expert dans la conférence de consensus sur l’examen psychologique de l’enfant. Les fonctions du stage sont multiples : elles permettent au stagiaire de mieux cibler la place du psychologue dans une institution, de le sensibiliser aux difficultés inhérentes à sa pratique, de découvrir toutes les fonctions connexes de la profession (telles que l’analyse des conflits institutionnels ou encore l’animation de réunions), ainsi que toutes les missions qui au contraire n’en relèvent pas. Mais surtout, le lieu de stage orchestre la première rencontre, directe ou indirecte, entre l’étudiant et le public accueilli dans la structure, à savoir enfants, adolescents, adultes ou encore personnes âgées. Et la mise en pratique du théorique n’est pas une mince affaire.

Une qualité de formation variable

Les lieux de stage en psychologie sont vastes et variés. Ceux-ci vont des hôpitaux et autres cliniques, EHPAD, CMP, BAPU, ITEP (2), aux associations et fondations où le soin intervient. Mais quels sont les plus formateurs ? « Je pense qu’il n’y a pas de meilleur lieu de stage, confie Anne-Charlotte Olczyk. Tout cela dépend de la qualité de l’encadrement et de la place laissée par le psychologue, au stagiaire ». « On y trouve un peu ce qu’on y apporte » complète Olivier Halimi. Quoi qu’il en soit, les CMP, Centres Médico-Psychologiques, demeurent les lieux les plus prisés des étudiants. Mais qu’y font-ils concrètement ? Olivier Halimi nous répond : « Les stagiaires peuvent participer au fonctionnement général du CMP, assister aux consultations assurées par des médecins et des psychologues, observer les bilans réalisés par des psychologues, des orthophonistes ou encore des psychomotriciens, co-animer des groupes thérapeutiques, participer aux réunions d’équipe, à des recherches ainsi qu’à des séminaires de formation». Un éventail de missions qui varie sensiblement d’un CMP à l’autre, malgré une valeur commune : « Les stagiaires n’assistent pas aux séances de psychothérapies psychanalytiques. Leur présence, comme celle de tout autre tiers, modifierait le cadre et aurait des incidences compliquées sur le transfert » précise Olivier Halimi.
Malheureusement, tous les lieux ne sont pas si formateurs. « Il y a beaucoup trop d’endroits où les référents n’ont pas le temps de former les stagiaires, à tel point que de nombreux psychologues sortent de la faculté sans avoir une idée de l’examen psychologique, par exemple ! On privilégie trop souvent la quantité à la qualité des étudiants formés » regrette Claire Meljac, Docteure en Psychologie à l’Unité de Psychologie et de Psychopathologie de l’enfant et de l’Adolescent au centre hospitalier Sainte-Anne, et membre psychologue travaillant au sein de l’association DEEP-Clisson à Paris. « A l’UPPEA (3) de Sainte-Anne, la formation des stagiaires s’ancre dans la tradition du lieu depuis plus de 100 ans ! C’est une vocation » complète-t-elle.
Si certains stages en psychologie préparent les futurs psychologues à la réalité de leur travail et les arment d’une bonne dose de pratique, d’autres dispensent une formation insuffisante, au point de laisser des jeunes psychologues, parfois inexpérimentés, envahir les cabinets de nos villes. A qui la faute ? Aux universités pas suffisamment scrupuleuses ? Aux psychologues référents en peine d’encadrement ? Aux stagiaires eux-mêmes qui ne s’impliqueraient pas assez ? Une question qui ne manque pas de susciter des discussions animées au sein de la communauté. Jusqu’à ce que la formation des psychologues soit repensée.

(1)  Compte tenu de la complexité de la situation, ne seront évoqués dans cet article que les stages professionnels des psychologues dits cliniciens.
(2)  Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, centres médico-psychologiques, bureaux d’aide psychologique universitaire, instituts éducatifs, thérapeutiques et psychologiques.
(3)  Unité de psychopatholgie de l’enfant et de l’adolescent.

Les stages en quelques chiffres

Entre 2011, la Fédération Nationale des Étudiants en Psychologie a réalisé une enquête de portée nationale sur la question des stages en psychologie auprès de 1419 étudiants âgés de 18 à 55 ans, avec une moyenne d’âge de 24.45 ans, répartis sur 38 lieux de formation. 49 % des stages ont été effectués dans le secteur public et 21 % dans le secteur privé. 21 % des étudiants ont quant à eux connu les deux. Le nombre de stages par étudiant se révèle également assez variable. 26 % des étudiants n’ont effectué qu’un stage, 22 % deux stages, 18 % trois stages, et 23 % plus de trois stages. Sachant que les étudiants des universités parisiennes ont effectué davantage de stages que ceux de province. En ce qui concerne la recherche de stages, 2 % n’ont pas cherché, 9 % y ont consacré moins de 5 heures, 20 % de 5 à 10 heures et 64 % plus de 10 heures. Enfin, concernant la gratification, l’enquête indique que 82 % des stages n’ont pas été rémunérés, et ce à 76 % dans le secteur public contre 24 % dans le secteur privé.

Obligés d’être payés !

L’intitulé du paragraphe peut faire sourire. Depuis quand la rémunération est-elle devenue une contrainte ? Et pourtant, elle l’est. La difficulté à trouver un stage s’est accrue depuis l’entrée en vigueur de l’article L. 612-11 de la Loi du 28 juillet 2011 pour le développement de l’alternance et la sécurisation des parcours professionnels. A présent, la structure accueillante est contrainte de gratifier le stagiaire au-delà de deux mois de stage. Un cadeau empoisonné dont certains bénéficiaires se seraient bien passés. Car nombreuses sont les structures qui, par manque de moyens financiers, sont contraintes de fermer leurs portes aux stagiaires. Ce qui réduit immanquablement le nombre de lieux de stages sur le marché. Auparavant, les subterfuges étaient bien rodés : les structures fractionnaient la durée des stages de leurs étudiants en signant plusieurs conventions à la suite. Or, dans le but précis de limiter ces abus, cet article L.612-11 court-circuite ces stratagèmes et impose une gratification lorsque la durée d’un stage "au sein d’une même entreprise est supérieure à deux mois consécutifs (ou non) au cours d’une même année scolaire ou universitaire ". « Ce besoin de gratification est né il y a quelques années dans certaines branches privées, commerciales ou autres, qui faisaient travailler les stagiaires comme de véritables employés. Or, en psychologie c’est très différent. Dans la fonction publique hospitalière par exemple, les psychologues référents ont un rôle de professeur et ne peuvent utiliser leurs stagiaires qu’à la toute fin de leur formation, lorsqu’ils sont prêts. Ce sont donc eux qui devraient être rémunérés pour tout ce travail d’encadrement ! » s’exclame Claire Meljac. Soulignons que cette loi ne concerne que la fonction publique d’Etat et le secteur privé. A l’inverse, les conditions d’accueil de la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière ne sont pour le moment fixées par aucun décret. Mais jusqu’à quand ? Un point préoccupant. Car si cette législation se concrétisait, la fin des stages dans les hôpitaux et CMP serait sans doute immédiate.

Pour en savoir plus…

FENEPSY (2012). Contribution sur les stages des étudiants en psychologie : état des lieux, constats, et proposition d’amélioration des conditions d’accès au stage. Rapport consultable en ligne sur le site [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Sylvain BOUYER (2005). L’université et la formation du psychologue clinicien. In La psychologie clinique et la profession de psychologue : (dé)qualification et (dé)formation ? Ouvrage collectif sous la direction de Patrick Ange Raoult. Paris : L’Harmattan.
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